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Acte additionnel n° 03/2001 portant adoption de la politique agricole de l'UEMOA 

 

LA CONFÉRENCE DES CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT

DE L’UNION ECONOMIQUE ET MONETAIRE OUEST AFRICAINE (UEMOA)

 

   VU le Traité constitutif de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine, notamment

         en ses articles 4, 7, 16, 19, 59, 101 et 102 ;

   VU le Protocole Additionnel n° II  relatif aux politiques sectorielles de l’UEMOA, notam- 

         ment en ses articles 13, 14, 15 et 16 ;

   VU l’Acte Additionnel n°01/98 instituant un fonds  structurel dénommé " Fonds d’Aide

         à l’Intégration Régionale des Etats membres de l’UEMOA ( FAIR) " ;

   CONSCIENTE  de  la  place  stratégique  du  secteur  agricole  dans l’économie  des

   Etat membres de l’Union et  du rôle  fondamental  qui lui  est  assigné de  nourrir  les

   populations et réduire la pauvreté en milieu rural ;

   REAFFIRMANT la nécessité de promouvoir au sein des Etats membres une agriculture

   durable plus productive et plus compétitive, permettant d’améliorer la sécurité alimentaire

   des populations, par un degré adéquat d’autosuffisance, et d’élever le niveau de vie des

   agriculteurs et leurs revenus ;

   RECONNAISSANT que la mise en place du marché commun, et notamment de l’Union

   douanière,  constitue  un  atout  pour le développement de l’agriculture de l’Union, mais

   nécessite une stratégie au niveau régional pour accompagner les adaptations nécessaires

   dans le secteur ;

   SOULIGNANT  la nécessité  de reconquérir le marché intérieur et d’insérer les grandes

   filières de production dans le marché mondial, en améliorant leur compétitivité face à la

   concurrence des pays tiers, afin de  réduire la pauvreté  et  la  dépendance  alimentaire  

   dans  l’Union et dans ses Etats membres ;

   CONSCIENTE du caractère particulier de l’activité agricole lié à  sa  spécificité  sociale,

   aux  disparités  structurelles  et naturelles existant au sein de l’Union, et à ses relations

   étroites avec les autres secteurs de l’économie ;

 

   SOULIGNANT  la  nécessité  d’élaborer  et  de mettre en œuvre une politique agricole

   au niveau régional en concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur, en prenant

   en  compte  tous  les  systèmes  de  production  et  d’exploitation  au  sein  de  l’Union,

   notamment l’agriculture familiale ;                                                                        

   RECONNAISSANT  la  place  fondamentale  de la femme et des jeunes dans l’activité

   agricole ainsi que la nécessité de leur accorder une attention particulière ;

   SOULIGNANT la nécessité de travailler en concertation et de rechercher des synergies

   avec  l’ensemble  des  institutions  sous-régionales  concernées  par  le développement

   agricole et par l’élaboration et la mise en œuvre des politiques agricoles  ;

   CONSCIENTE que la définition et la mise en œuvre d’une  politique agricole  au niveau

   de  l’Union  s’inscrivent  dans  la  durée et nécessitent des cadres de concertation et de

   programmation adéquats, des instruments financiers pérennes et des outils de pilotage

   de la politique agricole ;

   SUR  RECOMMANDATION  du  Conseil  des  Ministres  formulée lors de sa séance du

   12 décembre 2001.

   ADOPTE L’ACTE ADDITIONNEL DONT LA TENEUR SUIT :

    Article Premier :

   Est adoptée la Politique Agricole de l'UEMOA (P.A.U.) dont le champ d’application, les

   objectifs, les principes directeurs, les grands axes d’intervention et  les instruments  de

   mise en oeuvre sont précisés par le présent Acte additionnel.

   Article 2 :

   La Politique Agricole de l’Union  couvre l’ensemble  des activités de l’agriculture, de la

   foresterie,  de  l’élevage  et de  la pêche. Elle s’applique  à  tous les produits agricoles,

   définis au sens  large  comme étant l’ensemble des produits issus directement de ces

   activités  et  de  ceux  résultant  d’une  transformation  indispensable  à  une première

   utilisation.

   La  Politique  Agricole de l’Union prend en compte tous les systèmes de production et

  d’exploitation au sein de l’Union, notamment l’agriculture familiale.

   Article 3 :

   La  Politique  Agricole  de  l’Union  a pour objectifs de contribuer, de manière durable,

   à  la  satisfaction  des  besoins  alimentaires  de  la  population,  au  développement

   économique  et  social  des  Etats  membres  et  à  la  réduction  de  la  pauvreté, en

   permettant :

a)     de réaliser  la  sécurité  alimentaire,  en  réduisant  la dépendance alimentaire de

        l’Union et en améliorant le fonctionnement des marchés des produits agricoles ;

  b)     d’améliorer les conditions de vie des producteurs agricoles, en développant

 l’économie rurale et en revalorisant leur revenu et leur statut social.

Article 4 :

La Politique Agricole de l’Union, tant dans son élaboration que dans sa mise en œuvre,

 tient compte des actions des différents acteurs et institutions de la sous région en

charge du développement agricole.

La politique agricole de l’Union respecte les principes directeurs suivants :

  ·        la subsidiarité, principe selon lequel l’UEMOA, hors des domaines relevant

de sa compétence exclusive, ne traite au niveau régional que ce qui ne peut

être traité, de façon plus efficace, au niveau national ou local ;

·        la proportionnalité, qui implique que l’action de l’Union se limite aux

moyens nécessaires pour atteindre les objectifs que lui assigne le Traité ;

·        la régionalité, principe selon lequel l’Union ne traite que les problèmes qui

se posent à deux Etats membres au moins ;

·        la complémentarité, qui vise, dans une perspective d’intégration régionale,

à exploiter au mieux les complémentarités des agricultures des Etats membres,

sur la base des avantages comparatifs actuels ou potentiels des différentes

productions agricoles de l’Union ;

·        la solidarité, qui vise à assurer la cohésion sociale et politique de l’Union, par

 un soutien aux populations et aux zones les plus défavorisées, afin de

supprimer progressivement les disparités ;

  ·        la progressivité dans la mise en oeuvre des mesures, pour tenir compte de

la situation et des intérêts spécifiques de chaque Etat, comme de la nécessité

d’opérer graduellement les ajustements opportuns ;

·        le partenariat qui vise à rechercher les complémentarités et les synergies

avec des organismes nationaux ou intergouvernementaux intervenant dans

 le domaine agricole.

Article 5 :

Les interventions menées dans le cadre de la Politique Agricole de l’Union visent

à réaliser les objectifs définis à l’article 3 ci-dessus. Elles excluent toute discrimination

 entre producteurs ou entre consommateurs de l’Union. Elles tiennent compte

de la place fondamentale de la femme et des jeunes dans l’agriculture.

Article 6 :

  La Politique Agricole de l’Union s’inscrit dans un ensemble cohérent. Elle est

 coordonnée avec les autres politiques communes et sectorielles de l’Union.

  Article 7 :

Les Etats membres s’engagent à mettre en cohérence leurs politiques pour assurer

 la  réalisation des objectifs de la Politique Agricole de l’Union comme

complément indispensable aux interventions de l’Union.  

Article 8 :

En vue d’atteindre les objectifs définis à l’article 3 ci-dessus, la Politique Agricole

 de l’Union est mise en œuvre selon les trois grands axes d’intervention suivants :

8.1 : Adaptation des systèmes de production et amélioration de   

            l’environnement de la production

     8.1.1 : Adaptation et développement des filières agricoles

L’Union veille à identifier et à mettre en œuvre toutes les mesures adéquates

visant à   assurer :

-         l’exploitation maximale des potentialités du marché régional ;

-         l’exploitation optimale des complémentarités entre les Etats de l’Union ;

  -         l’accroissement de la productivité des filières agricoles ;

-         l’amélioration de la compétitivité des filières face à la concurrence des pays tiers ;

-         l’adaptation ou la reconversion de certaines filières, en fonction de l’évolution

de leur environnement économique.

L’action de l’Union se fonde sur l’organisation d’un processus de concertation avec

 tous les acteurs du secteur agricole et, en particulier, les organisations profes-

sionnelles, pour adapter les filières agricoles aux règles du marché régional

et international et, à terme, assurer leur développement. Elle porte une

attention particulière à l’agriculture familiale.

     8.1.2 : Amélioration de l’environnement de la production

    En vue d’assurer progressivement la convergence des différentes politiques agricoles

des Etats membres, tout en favorisant l’intensification de la production agricole,

par une amélioration de son environnement, l’Union donne des

orientations essentiellement dans les domaines suivants :

-          l’harmonisation des politiques nationales et la recherche des complémentarités ;

-          la gestion de la sécurité alimentaire ;

-          la structuration du monde agricole ;

-          le renforcement des capacités des ressources humaines ;

-          la recherche agricole et agro-alimentaire ;

-          le financement de l’agriculture ;

-          la question foncière dans ses aspects directement liés à l’activité agricole ;

-          la maîtrise de l’eau.

            8.2 :   Approfondissement du marché commun dans le secteur agricole et

                     gestion des ressources partagées

8.2.1 : Approfondissement  du  marché commun dans le secteur agricole

Dans le cadre général de l’approfondissement du marché commun, les interventions

de l’Union portent notamment sur  l’harmonisation  des normes de  production et  de

mise en marché, des normes sanitaires, de la fiscalité appliquée au secteur agricole,

ainsi que  sur les dispositifs de contrôle. A ce titre, l’Union s’attache à :

-               - stimuler  les  échanges  agricoles  entre  les  Etats membres pour élargir le marché

  intérieur ;

- assurer aux  producteurs  des  conditions  de  mise en marché équitables pour leur

  production, et garantir aux consommateurs le  respect des normes, la  qualité  et la

  régularité de leur approvisionnement ;

- favoriser la diversification des productions, en réduisant les entraves aux échanges

  et en élargissant la gamme des produits agricoles et des intrants homologués ;

- prendre  les  mesures  nécessaires  pour  l’harmonisation  de  la  fiscalité  dans  le

  secteur agricole.

8.2.2 : Gestion des ressources partagées

L’Union  veille  à  la  gestion  rationnelle  et  durable  des  ressources partagées, en

particulier :

- la gestion de la transhumance transfrontalière ;

  - la gestion des ressources halieutiques partagées ;

- la gestion des ressources en eau partagées.

  8.3 :   Insertion dans le marché sous-régional et dans le marché mondial

  En vue de mieux sécuriser les débouchés à l’exportation des productions

régionales, de limiter la dépendance alimentaire des Etats membres et d’assurer

 une insertion progressive de l’agriculture dans les marchés sous-régional et

mondial, les interventions de l’Union portent sur :

- l’organisation d’un cadre approprié de concertation au sein de l’Union ;

- la formation des négociateurs ;

 

- la mise en place d’un système d’information et d’aide à la décision dans

  les négociations internationales agricoles.

            Article 9 :

L’Union  favorise,  en  cas  de  besoin, la mise en place de cadres  de  concertation

pour mettre en œuvre les actions  visant  à  l’adaptation  des  filières  agricoles et à

l’amélioration de l’environnement de la production. Ces structures ont pour tâche de

faire des propositions sur les mesures à prendre pour adapter les filières au marché

régional et assurer leur développement. Ces cadres  de  concertation  peuvent  être

organisés, notamment par filière ou groupe  de  filières, ou selon des thèmes trans-

versaux relatifs à l’environnement de la production.

 Article 10 :

Pour  mettre  en  œuvre  les  actions  concernant  l’approfondissement  du  marché

commun et la gestion des ressources partagées, des structures peuvent être mises

en place dans le cadre de l’Union. Elles travaillent en étroite collaboration avec les

institutions des Etats membres et les autres  organisations  nationales  ou  interna-

tionales spécialisées dans le même domaine.

Ces  structures  proposent  à  la Commission les mesures et actions indispensables

notamment dans les domaines suivants :

- harmonisation  des  normes  relatives  aux  processus  de production, aux produits

  agricoles et alimentaires et aux intrants agricoles ;

- pêche ;

- lutte contre les épizooties et les ravageurs des cultures ;

- recherche agricole et agro-alimentaire.

Article 11 :

La  Commission  peut  mettre  en  place  un  comité  technique  consultatif  pour la

préparation et le suivi des négociations internationales agricoles. Ce comité a pour

mission, notamment, de proposer à la Commission toutes les mesures permettant

de  définir des  positions  communes de négociation. Il s’appuie sur des structures

nationales chargées  de la préparation et du suivi des négociations internationales

agricoles.

            Article 12 :

La Commission mettra en place un système d’information agricole régional, en vue

de piloter efficacement la Politique Agricole de l’Union et suivre sa mise en œuvre.

Ce  dispositif  vise  à  fournir  une  aide  à  la  décision  dans  tous  les  domaines

d’intervention de la Politique Agricole de l’Union.

Article 13 :

En attendant la création, en 2005, d’un Fonds Régional de Développement Agricole

(F.R.D.A.), pour contribuer à la couverture des besoins de financement de la Politique

Agricole  de  l’Union,  il  sera  ouvert un guichet agricole au sein du Fonds d’Aide  à

l’Intégration  Régionale  (FAIR) ;  ce  guichet  servira  à  financer  les  programmes

proposés  dans  le  cadre  de la mise en œuvre , du suivi et de l’évaluation de cette

politique.

L’organisation  et  le  fonctionnement  du  guichet  ainsi  que du Fonds feront l’objet

d’un Règlement du Conseil des Ministres.

Article 14 :

Le Conseil des Ministres  prend,  sur  proposition  de  la  Commission,  toute mesure

d’application du présent Acte additionnel.

Article 15 :

Le Conseil des Ministres et la Commission sont chargés, chacun en ce qui le

concerne, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation de la Politique Agricole de

l’Union.

Article 16 :

Le présent Acte additionnel, qui entre en vigueur à compter de sa date de signature,

sera publié au Bulletin Officiel de l’Union.

            En  foi  de  quoi,  ont  apposé  leur  signature  au  bas  du  présent  Acte  Additionnel,  

ce 19 décembre 2001 :

 

            Pour la République du Bénin                                Pour la République du Mali

            S.E. MATHIEU KEREKOU                           S.E. ALPHA OUMAR KONARE

 Président de la République                            Président de la République

                      ____________                                                         ____________

 

Pour le Burkina Faso                                                Pour la République du Niger

S.E. BLAISE COMPAORE                                    MADAME AICHATOU
   
                                                                                                  MINDAOUDOU

    Président du Faso                                                   Ministre des Affaires Etrangères,  
                                                                                           
de la Coopération et de
 l’Intégration Africaine

            ____________                                                                    ___________

 

            Pour la République de Côte d’Ivoire                     Pour la République du Sénégal

            MONSIEUR ABOU DRAHAMANE                    S.E. ABDOULAYE WADE
   
                                
SANGARE

   Ministre d’Etat, Ministre des                                          Président de la République

       Affaires Etrangères

                        ___________                                                                      ____________

 

Pour la République de Guinée-Bissau                Pour la République Togolaise

    S.E. KOUMBA YALA                                     S.E. GNASSINGBE EYADEMA         

      Président de la République                                      Président de la République

 

 

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